Le mensuel pratique et technique de kinésithérapeute

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Nicolas LÉPINE
Chronique Sociale

Le vieillissement de la population amène une augmentation de la prise en charge institutionnelle spécialisée de la personne en fin de vie. Les personnes âgées institutionnalisées sont soumises aux regards multiples et aux présences permanentes, ce qui exclus tout droit à leur intimité.

Alors que ce qui rend tout être humain singulier est bafoué dans ces lieux d’hébergement, comment peut-on évoquer l’identité sexuée de la personne âgée dans ces conditions et comment le personnel soignant peut-il préserver la dignité de chaque individu alors qu’il a accès à ses parties les plus intimes ?

Autant de question qu’explore Nicolas Lépine. Il évoque au sein de cet ouvrage la sexualité du patient et la ligne subtile qui fait basculer le soignant du soin à la maltraitance. Pour agrémenter ses propos, il effectue des allers-retours permanents entre son expérience quotidienne de soignant et un corpus de références construit sur la psychologie clinique, il ajoute également des situations cliniques authentiques qui permettent de rendre sa réflexion abordable à tout acteur du secteur gérontologique.

En annexe de chacune des trois parties de ce livre, qui sont respectivement la “sexualité”, “la maltraitance” et “l’impérative transgression”, l’auteur résume chaque point clés évoqué précédemment et permet ainsi au lecteur de se retrouvé dans les différentes notions complexes abordées et d’en retenir l’essentiel de sa réflexion.

L’auteur débute le sujet de la sexualité en institution en posant les concepts même de cette notion. Il nous montre à travers des références psychanalytiques et cliniques que la sexualité imprègne les relations humaines à tout âge et ce dès l’enfance avec le stade anal jusqu’à l’extrême vieillissement qui ne condamne pas sa pratique. Alors que la vie institutionnelle permet peu d’intimité et ne tolère pas les manifestations d’ordre sexuel du pensionnaire, l’étayage intime de la personne âgée est remis en question chaque jour, elle en devient alors fragile.

Le soignant qui pratique les toilettes et autres soins intimes à tendances à chosifier et désérotiser le corps et ceci pour sa propre protection, il provoque parfois des situations ambiguës, et certains de ses actes ou de ses paroles qui n’auraient pas lieu d’être avec une personne du même âge se trouvent interpréter de manière erroné par la personne âgée.

Malgré des actes consciencieux lors des soins, le patient peut ressentir de l’humiliation. Il en va ainsi lorsque le gérontologue refuse au patient son intégrité sexuelle et qu’aucune composante intime de la personnalité n’est préservée, il en revient alors à refuser une partie de leur humanité. On évoque dans ce cas la maltraitance. Celle ci se présente sous une pléiade de forme, autant physique, que psychologique. Il peut s’agir de négligence active ou passive, consciente ou non. Le soignant doit prendre conscience que le patient n’est pas un “objet soin” mais un être singulier.

L’auteur poursuit son raisonnement par la définition de  la maltraitance tout en donnant ses limites que sont l’unicité de l’individu et donc le contexte de chaque situation. Il y introduit également la “charte des droits et liberté de la personne âgée en situation de handicap ou de dépendance” qui doit être affiché au sein de chaque établissement d’hébergement pour personne âgée dépendante, pour une prises de soins la plus humaines possible. La personne âgée doit être considéré comme un être humain, unique, riche d’expérience et de sensibilité et le service gériatrique se défini comme un lieu de vie et non un lieu d’obéissance.

En dernier lieu et travers le mythe de Prométhée, l’auteur évoque la transgression que le soignant peut être en lieu d’effectuer lors d’une prise en charge, il s’agit alors d’un investissement personnelle qui va au-delà des valeurs institutionnelles mais qui amène à des valeurs plus justes pour que la personne âgée soit considérer comme un humain intègre.

Point de moral, l’auteur invite le soignant à prendre conscience de l’humanité de la personne âgée, de son besoin d’intimité, nécessaire à chaque individu mais aussi il aborde un sujet tabou dans les institutions : la sexualité. Le vieillard n’est pas un être asexuel.

François BRIDON



 
 
 
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