Le mensuel pratique et technique de kinésithérapeute

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Évelyne COURJOU
InterEditions

A travers cet ouvrage, Evelyne COURJOU, diplômée d'état d'infirmière, de masseur-kinésithérapeute et d'un doctorat en philosophie, s'adresse à un large public soignant. En effet, elle nous explique comment le toucher permet d'assister le malade, que sa pathologie soit physique ou morale, curable ou irréversible et ce que l'on soit kinésithérapeute, infirmier, aide-soignant ou simplement le proche d'un malade.
Malgré un sujet difficile à aborder, car il parle de la maladie, de la douleur et de la mort, on prend un réel plaisir à lire cet auteur qui nous illustre chacun de ses propos de cas concrets issus de sa pratique hospitalière mais également d'un grand nombre de textes et d'anecdotes issues de la mythologie, de la philosophie et des divers croyances. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il ne s'agit pas d'un manuel de références techniques mais d'un livre qui évoque le toucher dans ses dimensions éthique, philosophique, psychologique et sociologique.
Ce livre est constitué de 3 parties :
La première, qui s'intitule « comprendre le toucher pour mieux soigner », pose les bases du toucher. L'auteur nous explique comment les expériences et les interdits tactiles  construisent notre personnalité tout au long de notre vie et ce dès le stade fœtal. Le toucher est ainsi ce qui créer les liens entre chaque individu, il est le premier des sens, celui sans lequel nous ne pourrions vivre. Dans cette partie, un chapitre entier est également consacré à la main, l'outil par excellence du toucher, l'outil qui rend l'espèce humaine unique, l'outil prodigieux au service de l'esprit. Cette main qui nous permet également de communiquer à travers le geste et le toucher est plus éloquent que les mots, même si le langage manuel n'a pas de frontière, il se heurte tout de même à des limites et ne permet pas toujours de se faire comprendre.
Dans le chapitre suivant « le toucher et technologie », on sent un véritable engouement dans les propos de l'auteur pour le contact humain. En effet celui-ci est trop souvent laissé en faveur de la robotisation sous prétexte d'une mise en doute de la fiabilité sensorielle, une phrase illustre parfaitement sont point de vue : « le tact se déshumanise et le contact s'amenuise ».
La deuxième partie développe le dialogue du toucher, qu'il soit une caresse, un massage ou un simple contact, ils évoquent tous un message diffèrent. Les différents liens tactiles qui unissent deux personnes sont développés, ils peuvent être appréhender de manière bien différentes en fonction de chacun et de son histoire, d'ailleurs le toucher peut parfois être perçu de façon erroné et  mettre,  par exemple, le soignant face à la sexualité de son patient, c'est pour cela qu'il faut malgré tout rester prudent. Ce toucher qui nous rapproche, qui peut réconforter voir soulager celui qui souffre a tout de même ses limites lorsqu'on parle de douleur. L'auteur nous montre avec une pléiade de témoignages comment l'esprit peut aider à réduire l'expression douloureuse à travers la sophrologie et l'hypnose, deux domaines qui laissent parfois sceptique les non initiés. Le patient apprend ainsi à transformer sa douleur en d'autres « sensations tactiles » positive.
L'auteur conclut son essai  par « toucher la mort », il s'agit d'une réflexion philosophique sur la mort. Elle y aborde les concepts religieux et philosophique qui permettent d'appréhender cet instant ultime, elle y évoque la réincarnation, l'au-delà mais également la séparation du corps et de l'âme qui contribue à la disparition du lien tactile. Il s'agit d'un véritable voyage à travers les siècles, les religions et autres croyances. Si le toucher disparaît à la mort, il peut aussi disparaître en prélude. En effet, alors que les liens tactiles ont construit notre personnalité et ont fait partie de notre vie ; à l'approche de la mort, ils peuvent disparaître car la mort fait peur et par conséquent le mourant aussi. Il se sent isolé et le simple fait de lui prendre la main peut l'aider à affronter ces dernières heures. Il se sent accompagner et son angoisse peut en être amoindri. Les proches et les soignants qui ne désirent pas approcher le mourant ne sont tout de même pas à blâmer, il est légitime de vouloir garder une autre image de celui qu'on aime, il est légitime d'avoir peur de la mort, car elle est une inconnue angoissante.
 Dans sa finalité, ce livre éminemment humain met l'accent sur ce sens trop souvent négligé dans notre société occidentale. D'ailleurs contre les maux et mieux que les mots intervient le toucher. Dans l'accompagnement de la maladie il devient important et permet de tisser un lien plus intime avec le patient.



 
 
 
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