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LE DECLIC
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Marie-Lise LABONTÉ Les Éditions de l'Homme
Dans ce livre, l’auteur pose la question centrale de la souffrance et de la gestion de la maladie. Pourquoi certaines personnes se soignent et ne guérissent pas alors que d’autres guérissent ? C’est grâce à son expérience personnelle de malade et à ses compétences de psychothérapeute que cette femme nous livre ses convictions et témoigne de l’importance de la gestion psychique quotidienne de ce combat contre la maladie “incurable”. C’est au travers d’une méthode pratiquée depuis plus de 25 ans que l’auteur a pu à son sens transgresser les fatalités de la maladie. Une analyse et une écoute spécifique de sa personnalité et du processus d’individuation permet à l’individu (en respectant les traitements classiques) de transcender les effets thérapeutiques. C’est en luttant contre cette logique de destruction induite par la maladie que le patient peut générer un processus de construction physique, psychique et spirituel. Son témoignage s’organise en deux grandes parties. La première partie s’intitule : “Quand la douleur détruit - Se soigner”. Dans cette partie, l’auteur (psychothérapeute et ergothérapeute) nous retrace l’essentiel de l’appareil psychique en mettant en exergue la force première de l’individu qu’est de guérir, réparer les dysfonctionnements de diverses origines. Elle développe ensuite les différentes fonctions du Moi qui constitue l’identification en regard du reste du Monde. Il s’agit donc d’un véritable filtre personnel mettant en scène le Moi - le Collectif - l’Universel - le Cosmos. Les fonctions principales du Moi sont ainsi identifiées sous le registre du refoulement, de la projection, du clivage, du déni, de l’annulation, nous permettant ainsi de construire des histoires personnelles sur des questions douloureuses et enfin de la banalisation. Bref, autant de fonctions d’individuation qui nous permettent d’être, vis-à-vis du monde extérieur, mais aussi de gérer les écarts entre notre monde extérieur et notre monde intérieur. Pour l’auteur le Moi est une structure vivante qui respire et qui se régénère, capable de se distendre ou de se rigidifier et ainsi résister aux différents états potentiellement vécus. Dans un chapitre suivant, l’auteur insiste sur le processus d’individuation qui consiste à “gérer la séparation progressive de moi-même pour construire un autre moi-même...” tentant de prouver ainsi le caractère dynamique et vivant de la construction psychique. La passion de l’auteur éclaire pleinement ce chapitre au travers d’exemples cliniques qui nous montrent bien les différents protagonistes et tensions en présence et comment, au travers de ce processus l’individu construit ses nouveaux “moi-même” dans une quête de réponse au monde extérieur en fonction de lui et de ses états antérieurs (son histoire). La lecture est aisée et très clairement illustrée. Dans cette première partie l’auteur traite également de “l’esclavage de la destruction”. Confronté à la rupture avec un Moi précédent l’individu se retrouve seul, contraint à une nouvelle construction avec une nouvelle partie du Moi qui lui permettra (il l’espère) de rentrer en contacts avec de nouveaux besoins et désirs. Il lui faut alors faire appel aux autres (ceux du monde) pour apporter les ingrédients nécessaires à ces retrouvailles. Ce cri d’alerte est pour l’auteur non pas un cri de construction mais un cri de destruction, de haine, de déception, de frustration et de violence. Face à ce divorce intérieur l’individu cherche quelle serait la moitié à “épousailler” pour retrouver calme et sérénité lui assurant ainsi le retour à une vie paisible. Comme précédemment l’auteur illustre cet “esclavage de la destruction” par plusieurs exemples caricaturaux qui permettent au lecteur de donner du sens aux propos tenus. La seconde partie s’intitule : “Quand la douleur guérit - Se guérir”. Vous l’avez compris cette partie est beaucoup plus optimiste, elle mène à la méthode de construction vers une dynamique de guérison. Pour l’auteur, la guérison est une force intérieure première, nous possédons tous cette force qui nous permet pour de légers dysfonctionnements de trouver en nous les moyens physiques (immunologiques...) et psychiques pour vaincre. Cette Dame Nature est bienveillante, il nous faut la reconnaître, la connaître, la construire et l’exploiter. La fatalité n’existe pas pour l’auteur. C’est au travers de cette croyance que nous pouvons puiser en nous les forces nécessaires à la victoire contre la maladie. Elle décrit dans un chapitre passionnant sur “le sanctuaire de la guérison” comment un état second à la mort, est nécessaire pour guérir. Cette initiation à la mort permet “au sanctuaire d’ouvrir ses portes la présence de l’amour accueille l’être en entier”. Ce sanctuaire représente ainsi le lieu spirituel de la survie à la mort. Au total, ce livre vous l’avez compris est bien loin des recommandations de l’ANAES, des lois biomécaniques, ou des “vérités médicales”. Il explore un monde étrange qui rebute ou passionne le lecteur. La qualité rédactionnelle, la richesse des témoignages et la pertinence des illustrations méritent une lecture attentive. Il saura rassurer l’initié, intriguer le profane, irriter le peureux...
François BRIDON
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