À l'heure où la kinésithérapie revendique l’universitarisation des études par l’intégration de la formation dans le dispositif universitaire LMD, à l’heure où la profession doit appuyer ses pratiques sur la preuve “Evidence Based Practice”, nous devons renforcer, actualiser et renouveler nos savoirs. L’empirisme, le dogme, doivent laisser la place à l’argumentation scientifique permettant une pratique raisonnée basée sur la preuve.
La kinésithérapie fait partie intégrante du domaine des sciences du vivant appliquées à la médecine et elle doit donc, à ce titre, bénéficier comme la médecine de l’évolution des connaissances scientifiques et les professionnels de la rééducation que nous sommes se doivent d’actualiser leurs connaissances.
La difficulté vient de la formation initiale mais aussi de la formation de nos formateurs qui se déroule au sein d’écoles où les enseignants ne sont pas en prise directe avec la recherche. À contrario, à l’université, l’enseignement universitaire est dispensé généralement par des enseignants chercheurs qui sont, par définition et de fait, en prise avec la réalité de la recherche, et dont les contenus de formation sont adaptés au gré de l’évolution des connaissances scientifiques.
À l’heure actuelle la production scientifique nationale est quasi inexistante du fait même de la non-intégration des études à l’université et donc du non-accès à la recherche. Dans la réalité, il n’existe pas en France de laboratoire labellisé, reconnu comme développant des recherches spécifiques à la kinésithérapie.
Cependant, nous ne pouvons pas nous dispenser de l’effort que représente la lecture parfois fastidieuse d’articles en français ou en anglais dans les journaux internationaux. Ces articles présentent le plus souvent des résultats expérimentaux difficiles à déchiffrer ou remettant en cause nos savoirs. Le développement des connaissances scientifiques se caractérise par l’entretien du doute. Ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera peut-être plus demain. Même si la remise en cause ne doit pas être systématique, il faut rester sur le “qui-vive” scientifique.
Une alternative à la mise en confrontation permanente à de nouvelles connaissances ou données scientifiques qu’il faut “digérer” est l’accès aux “revues de la littérature” ou aux “mises au point” qui sont rédigées par des experts du domaine et présentent un état de l’art ou les connaissances actuelles, voire passées, sont recensées, confrontées, synthétisées, permettent d’aller à l’essentiel sur un problème scientifique et aboutissent parfois à de nouveaux concepts, théories ou recommandations.
Ce numéro spécial Science & Kinésithérapie n’a pas d’autre objectif que de répondre à ce qui devrait être un besoin. La recette bien connue du 4 quarts a fait ses preuves dans le domaine culinaire populaire national, nous l’avons appliquée à notre projet en y incorporant, 1/4 de science appliquée, 1/4de Santé publique, 1/4 de méthodologie et un petit quart de science fondamentale. Souhaitons que cette recette devienne aussi populaire et donnons un coup d’arrêt à la dichotomie entre Sciences et Pratique. ■