Le mensuel pratique et technique
du kinésithérapeute

Processus dégénératifs de l'appareil locomoteur Quelles préventions, rééducations et réadaptations ?

Samir Boudrahem
Kinésithér Scient 2022,0647:01 - 10/11/2022

L’appareil locomoteur ou appareil myo-fascio-squelettique allie quatre structures anatomiques (les effecteurs que sont les muscles les leviers osseux et les articulations, sans négliger les fascias) pour permettre à l’individu humain d’interagir physiquement avec son milieu environnant. Sous le contrôle du système nerveux central, cet appareil intervient dans le soutien et est capable de produire différents mouvements. Ceux-ci sont nécessaires pour placer le corps dans telle ou telle posture et en changer ; ils sont également nécessaires pour assurer toutes les fonctions, à commencer par celles qualifiées d’hégémoniques, à savoir la respiration (notamment la ventilation), la préhension, la marche et la reproduction.

L’appareil locomoteur passe par un long processus de croissance, d’abord au cours de la vie intra-utérine, puis de la naissance jusqu’à un certain âge adulte qui peut varier suivant la signature génétique, le genre, la classe socio-professionnelle, la zone géographique dans laquelle évolue l’individu, etc. La nature (pauvreté ou richesse), les types, fréquences, intensités... de sollicitations de l’appareil locomoteur contribuent à le façonner, l’entretenir, voire le dégrader.

À l’instar de tous les autres systèmes ou appareils de l’organisme, le système musculo-fascio-squelettique est le siège du processus inéluctable du vieillissement physiologique. Des vieillissements pathologiques (prématurés, brutaux, insidieux...) peuvent résulter de plusieurs causes tels qu’un défaut de croissance, des utilisations que nous pourrions qualifier d’inappropriées car respectant peu ou pas les lois de la biomécanique, ou encore excessives en terme par exemple de durée ou d’intensité.

Un ensemble de mesures préventives peut être mis en place au bénéfice de la population dans le cadre de la promotion de la santé afin de tenter d’enrayer ce processus de vieillissement de l’appareil locomoteur. Lorsque ce processus est installé avec des altérations au niveau des structures anatomiques, des manifestations cliniques et un délitement de la qualité de vie des personnes concernées, des prises en soins masso-kinésithérapiques au sein d’équipes pluriprofessionnelles peuvent constituer un des axes thérapeutiques essentiels.

Les techniques masso-kinésithérapiques contribuent à lutter contre la douleur, qui est le symptôme qui fait le plus souvent consulter les personnes malades, à entretenir, voire améliorer la mobilité articulaire, à amender les différentes caractéristiques des muscles déficitaires (force, endurance, extensibilité, etc.) et à optimiser les différentes fonctions. Enfin, le volet réadaptatif des professionnels de santé est à convoquer afin de permettre aux personnes de prétendre à un niveau de qualité de vie « digne », une indépendance fonctionnelle la plus complète possible. Le processus de réadaptation peut avoir également pour objectif l’accomplissement de soi en recouvrant les capacités nécessaires à l’exercice d’une profession, ou en s’adonnant à nouveau à une activité de loisir que l’on aime, etc.

Ce dossier spécial se déclinera sur plusieurs numéros. Premièrement, Florent Chouvier, masseur-kinésithérapeute libéral à Lyon, s’intéresse à l’articulation proximale du membre inférieur, à savoir la hanche conflictuelle. Il s’agit d’un conflit entre la pièce fémorale (jonction tête-col) et le bord antérieur de l’acétabulum. Il y aurait des causes malformatives au niveau de cette région anatomique à partir desquelles des sollicitations intenses et répétées comme dans certains gestes sportifs déclenchent des douleurs plus ou moins importantes compromettant la valeur fonctionnelle de cette jointure. Cet auteur montre les avantages et les limites des prises en soins masso-kinésithérapiques à la fois préventives mais également curatives.

Deuxièmement, il met en exergue l’existence de comorbidités cardio-vasculaires chez les personnes âgées arthrosiques. Les Drs Clémentine Marais et Yves-Marie Pers du CHU de Montpellier expliquent que leur dépistage et leur prévention doivent être systématisés pour des prises en soins globales des patients assurés par des équipes pluriprofessionnelles.

Troisièmement, et pour finir, ce dossier abordera la prise en soins de personnes adultes avec des problématiques de sénescence de l’axe rachidien favorisée par la survenue d’une scoliose dans l’enfance. Le Dr Jean-Claude de Mauroy, ancien praticien au Centre médico-chirurgical des Massues, puis à la Clinique du Parc de Lyon présente la Méthode Lyonnaise de traitement de cette déviation vertébrale à l’âge adulte et souligne les particularités comparativement à la prise en soins chez l’enfant et l’adolescent. En effet, cette déformation rachidienne modifie de façon préjudiciable les contraintes mécaniques que subissent les différentes structures anatomiques du corps (articulations, fascias, tendons, muscles...) notamment celle du rachis et du train porteur. Ensuite, il décrit le corset ARTbrace, étant l’un de ses co-inventeurs en 2013. Il rappelle les causes qui ont présidé à sa conception et ses avantages.

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