Le mensuel pratique et technique
du kinésithérapeute

Congrès de l'American college of rheumatology 2013 Spondyloarthropathie, arthrose et fibromyalgie [1ère partie]

Jacques Vaillant
Kinésithér Scient 2013,0549:43-44 - 10/12/2013

Le site rhumato.net rapporte plusieurs communications qui ont été faites lors de congrès de l’American college of rheumatology (ACR) qui s’est tenu à San Diego fin octobre. Nous nous appuyons sur ces comptes-rendus faits par des experts présents sur le Congrès à San Diego et les résumés des interventions pour vous proposer quelques nouveautés (www.rhumato.net).

Le terme de spondyloarthropathie semble devenir celui qui fait consensus tant en France que dans le reste du monde ; nous l’utiliserons désormais.

Diagnostic par imagerie des spondyloarthrites

Une communication rapportée par Véra Lemaire portant sur la « Fréquence de la détection de l’inflammation et de l’infiltration graisseuse sur l’IRM de sujets normaux ou ayant une douleur vertébrale mécanique » [1] : cette étude a porté sur un total de 150 sujets, dont 130 ayant une douleur vertébrale et 20 sujets contrôles.

Les patients ont été classés en 3 catégories suivant l’examen clinique et les radiographies (pas l’IRM) : spondyloarthrite non radiographiques (n = 50), spondyloarthrites ankylosantes (n = 33) et douleurs rachidiennes mécaniques (n = 47). Tous ont eu une IRM.

L’œdème médullaire et l’infiltration graisseuse ont été analysés sur 23 unités disco-vertébrales. Quatre médecins ont lu en aveugle les IRM.

Les résultats ont mis en évidence qu’à la lecture de l’IRM vertébrale globale, 28 à 33 % des sujets ayant une douleur vertébrale mécanique et 26,3 % des sujets contrôles étaient « classés » en spondylarthrite ankylosante, à la fois du fait de l’œdème et de l’infiltration graisseuse.

La conclusion est que faire le diagnostic de spondyloarthrite sur la seule IRM rachidienne peut amener à faire des erreurs. Aussi, il est impératif de faire une IRM des sacro-iliaques.

Complémentaire à la communication précédente, une présentation portant sur la « Prévalence des lésions structurales IRM des sacro-iliaques dans la spondylarthrite axiale vue tôt et les douleurs vertébrales » [2] a retenu notre attention. L’étude utilisant également l’IRM, a porté sur la recherche des lésions structurales des sacro-iliaques. L’échantillon était de 299 patients âgés de moins de 45 ans et ayant des douleurs vertébrales évoluant depuis plus de 3 mois et moins de 2 ans. Parmi eux, 123 avaient spondylarthrite axiale, 116 avaient une possible spondylarthrite et 60 n’en avaient pas.

L’IRM lue par 3 médecins (lecteurs indépendants) permettait d’établir un score pour l’ankylose, la sclérose, les érosions et les lésions graisseuses. Si toutes les lésions (égales ou supérieures à 1 au score) étaient fréquentes dans tous les groupes, il est à noter qu’elles diminuaient de fréquence du groupe 1 à 5. Il y avait une meilleure discrimination si le cut off (valeur limite) était plus élevé. En cas de présence d’au moins 4 lésions structurales, il n’y a que 6 % de faux positifs, ce qui est plus performant que les scores de New York.

Un travail similaire portant sur 130 patients présentant une douleur vertébrale et âgés de plus de 50 ans et 20 sujets contrôles ont bénéficié d’une IRM [3]. À partir de l’’examen clinique et des radiographies du bassin, le diagnostic respectif de spondyloarthrite non radiologique, spondyloarthrite ankylosante ou douleur mécanique vertébrale a été posé, respectivement pour 50, 33 et 47 patients. Les IRM ont été lues en aveugle par 4 médecins qui ont comptabilisé les coins inflammatoires et les coins graisseux.

La littérature propose une limite d’au moins 3 coins inflammatoires et 5 coins graisseux pour faire le diagnostic de spondylarthrite non radiographique et de spondylarthrite ankylosante. Le nombre de coins inflammatoire ou graisseux a été étudié dans les différents groupes.

Les résultats montrent qu’afin d’obtenir une spécificité de 90 % ou le cut off (valeur limite) était de 3 à 2 coins inflammatoires et 7/10 coins graisseux. L’utilité diagnostique du seuil de 3 ou plus coins inflammatoires et de 5 ou plus coins graisseux était faible en comparant les SpA non radiologiques et les douleurs mécaniques. La conclusion de ce travail est que l’examen des sacro-iliaques est nécessaire en plus de l’IRM rachidienne.

Une communication [4] intitulée « Œdème médullaire et les lésions structurales de la sacro-iliaque dans la spondyloarthrite axiale, la douleur lombaire chronique (9 ans d’ancienneté moyenne) et les contrôles sains » faisait le compte-rendu d’une étude portant sur 179 patients ayant une lombalgie et 79 sujets contrôles sains. Tous les patients ont bénéficié d’une IRM des sacro-iliaques, lue en aveugle par 2 radiologistes expérimentés. Le score était établi d’après les recommandations de l’ASAS (Assessment of SpondyloArthritis international Society) évaluant l’ankylose, la sclérose, les érosions et les lésions graisseuses.

Les résultats ont montré que parmi les lombalgiques, 95 remplissaient les critères ASAS pour la spondyloarthrite axiale. Un œdème médullaire était constaté chez 71 % d’entre eux, 5 % des lombalgiques et 14 % des sujets sains. Il a pu être établi que la sensibilité était de 71 % et la spécificité de 95 %. La fréquence des lésions structurales était respectivement de 25, 7 et 8 %. En associant la présence de lésions structurales à celle d’un œdème médullaire, la sensibilité augmentait à 84 % et la spécificité diminuait à 88 %.

Activité de la maladie et évolution

Une étude a cherché à établir le lien entre activité de la maladie et progression radiologique [5]. Portant sur un suivi longitudinal sur 12 ans de 185 patients ayant une spondyloarthrite ankylosante (étude OASIS), la cohorte était composée de 70 % d’hommes, âge moyen 43 ans, durée des symptômes 20 ans et 83 % de positivité d’HLAB27. Les mesures d’activité de la maladie comprenaient le BASDAI (cf. rubrique de novembre), l’ASDAS (Ankylosing spondylitis disease activity score), évaluation globale du patient, CRP et la VS. Tous (sauf cette dernière) étaient associés à la progression radiologique. Cette relation n’était influencée, ni par les traitements (AINS ou biothérapie) ni par les manifestations articulaires. C’est le modèle avec l’ASDAS qui était le plus performant.

La progression de la spondyloarthropathie axiale est une préoccupation, pour les patients d’abord, mais également pour tous les praticiens. Une étude longitudinale [6] a suivi, durant au moins 7 ans, 286 patients ayant une spondyloarthrite. 166 avaient une spondyloarthrite ankylosante et 120 une spondylarthrite non radiologique. Parmi ces derniers, 51 ont eu une nouvelle radiographie des sacro-iliaques au cours du suivi. Dès les deux premières années, 2 % ont progressé vers des signes radiologiques, 27,6 % sur une période de 11 ans.

Suite dans notre prochain numéro

BIBLIOGRAPHIE

[1] Weber U et al. Frequent detection of inflammation and fat infiltration suggestive of spondyloarthritis on MRI of the entire spine in healthy subjects and patients with mechanical back pain. San Diego: ACR, 26-30 October 2013.
[2] Van den Berg R et al. Prevalence of structural lesions on MRI of the sacroiliac joints in patients with early axial spondyloarthritis and patients with back pain. San Diego: ACR, 26-30 October 2013.
[3] Weber U et al. Low diagnostic utility of candidate definitions for a positive MRI of the spine in axial spondyloarthritis. San Diego: ACR, 26-30 October 2013.
[4] Van Hoeven L et al. Bone marrow edema and structural lesions in the sacroiliac joint in a large cohort of patients with axial spondyloarthritis, chronic low back pain and healthy controls. San Diego: ACR, 26-30 October 2013.
[5] Ramiro S. Higher disease activity leads to more damage in the early phases of ankylosing spondylitis: 12-year data from the OASIS cohort. San Diego: ACR, 26-30 October 2013.
[6] Ruderman E et al. Spondyloarthritis epidemiology and burden phase 2 [SPEED 2] study: Disease progression in axial spondyloarthropathy (SpA). San Diego: ACR, 26-30 October 2013.

 

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