Le mensuel pratique et technique
du kinésithérapeute

Conférence annuelle de l'École d'ASSAS

Michel Pillu
Kinésithér Scient 2021,0631:04 - 05/05/2021

Pareil aux années précédentes, l’École d’Assas a organisé sa conférence annuelle le mercredi 3 mars 2021. Pour cause de crise sanitaire, cette conférence a été entièrement retransmise en ligne.

Nous avions retenu cette année, le thème « Sport, sport adapté et santé ». Ce thème nous a paru fédérateur. Le sport et la kinésithérapie du sportif passionnent nos étudiants. Mais le sport va bien au-delà de ce qu’on appelle familièrement « le sport » qui est souvent compris comme une notion de performance et de record. Dans notre idée le sport comprend la notion de mouvement (le kinesis grec de kinésithérapeute), de déplacement (la marche est le premier des sports) et de dépassement de soi-même permettant d’atteindre le but fixé. De plus, le sport balaie un spectre très large, aussi bien en termes d’âge que de handicap. Le sport est aussi un vecteur de Santé publique et un gage du vieillir en bonne santé dans nos sociétés vieillissantes. Le sport est aussi un lien universel pour le genre humain et son développement actuel est le témoin de son importance planétaire. C’est aussi pourquoi, inviter une sportive, enseignante-chercheuse internationale, nous a paru une évidence. Autrement dit, le sport est au cœur du métier de kinésithérapeute. Ce thème explique le succès de la conférence qui a été suivie par plus de 400 auditeurs venus de plusieurs pays d’Europe en plus de la France.

Le lecteur, soucieux de profiter pleinement des orateurs, trouvera toute la conférence en suivant le lien : https://youtu.be/3fYg3xGGbHg

De façon à permettre aux conférenciers d’exposer leurs idées dans un temps confortable, nous avions limité notre programme à 4 conférenciers seulement.

• François Genêt est Professeur des universités à l’Université Versailles-Saint Quentin-en-Yvelines et praticien hospitalier. Il dirige l’Unité de Médecine physique et de réadaptation de l’Hôpital Raymond-Poincaré, à Garches, dans laquelle sont en charge des patients présentant des lésions cérébrales et de la mœlle épinière. Il est membre du Comité Paralympique et Sportif Français. Il est également fondateur de « L’Institut de Santé Parasport Connecté ». Cette structure naissante prendra son envol plein et entier, à l’occasion des Jeux Olympiques de Paris, en 2024.

Le thème de son intervention portait sur cet Institut, dont l’objectif essentiel est d’adapter le sport à tous les sportifs présentant des troubles neuro-orthopédiques. L’ambition de cette structure est de mobiliser, sur un seul site, un écosystème de compétences médicales, scientifiques, pédagogiques et technologiques dédiées à l’évaluation du sport de loisir adapté, au parasport-santé, à la détection, puis à l’accompagnement des hauts potentiels. Il est aussi prévu un volet pédagogique qui sera dédié à la formation des professionnels de santé ; à la recherche sur l’amélioration des performances des sportifs en situation de handicap et de leurs appareillages. Le conférencier a su nous insuffler son enthousiasme à propos de cet Institut et nous promettre de beaux lendemains sur tous ces thèmes.

• La conférence s’est poursuivie par l’intervention de Jean-Philippe Viseu qui est podologue et doctorant en Sciences de la Motricité humaine à l’Université de Paris-Saclay. Le thème de sa communication portait sur la contribution de capteurs sensitifs sur les asymétries corporelles pendant le sport et les variations inter-individuelles plus importantes qu’on peut l’imaginer pendant l’activité sportive. Il est facile de comprendre que ces asymétries peuvent être à la longue agressives pour le système musculo-squelettique. L’auteur nous montre que l’expertise sportive permet d’améliorer l’interprétation des tests réalisés sur l’asymétrie du contrôle postural comme de l’information sensorielle. Cette asymétrie, qu’elle soit un aspect fonctionnel des dominances motrices ou qu’elle soit source de troubles de l’équilibre et de l’orientation, explique cette variabilité interindividuelle. L’objectif est d’identifier la contribution des asymétries au travers de 3 évaluations allant de tâches d’équilibration simples à complexes et enfin en situation écologique. Selon leur origine, la compréhension des effets des asymétries comme variabilité interindividuelle nous apportera de nouvelles connaissances sur le contrôle de la posture.

• Le troisième conférencier était le Professeur Cheri Ann Blauwet qui est Médecin de médecine physique et réadaptation et professeur associé à la Medical School de l’Université de Harvard (USA). Elle a été médaillée d’or aux Jeux Paralympiques d’Athènes en 2004, 800 mètres fauteuil. Elle a eu une longue carrière d’athlète paralympique en course de demi-fond. Elle est à la fois membre du Comité Olympique et du Comité Paralympique Américain. Elle est auteure de nombreuses recherches sur la santé mentale, la prévention des blessures et la douleur chez les sportifs paralympiques de haut niveau. Recevoir une telle personnalité a été une grande fierté pour l’École d’Assas. Son intervention a été axée sur la prévention des blessures et des maladies chez les athlètes paralympiques. Son expertise en tant qu’athlète et médecin nous a apporté un regard très riche et elle nous a livré ses conclusions scientifiques, toutes étayées par de hauts niveaux de preuves. Elle a beaucoup insisté sur la qualité de l’entraînement, de la diététique, de l’hydratation et de l’échelonnement des performances au long d’une saison et selon l’âge du compétiteur.

• Le dernier conférencier était Geoffrey Memain qui est préparateur physique responsable de la réathlétisation au Centre médical FIFA de Clairefontaine de la Fédération Française de Football depuis 2014. Il est, parallèlement, doctorant en Sciences du Sport à Paris-Saclay et ancien membre de la cellule Réathlétisation de l’INSEP et du staff du Paris FC Féminin. Il est également auteur d’ouvrages spécialisés dans ces domaines.

Son intervention a traité de la sollicitation excessive du corps chez les athlètes de haut niveau. Le nombre de blessures reste globalement stable malgré le travail de prévention mis en place par les staffs techniques et médicaux. Son action au sein du Centre médical de Clairefontaine est de profiler les joueurs professionnels en cours de rééducation-réathlétisation pour établir des « profils à risque », spécifiques à chaque type de blessure. L’objectif est d’optimiser leur retour à la compétition et de limiter les risques de rechute. L’étude de la possibilité de survenue d’une pathologie et de ses caractéristiques chez les joueurs « sains » à partir de l’analyse des caractéristiques spécifiques de chaque blessure est au centre de cette démarche. Son équipe de recherche s’appuie sur l’étude de paramètres musculaires, neuromoteurs et biomécaniques de l’athlète lors de la réalisation de tests statiques et fonctionnels de référence, en utilisant du matériel technologique (EMG de surface, plateformes de force et analyse vidéo 3D). Le lecteur pourra se faire une opinion sur la richesse de toutes les recherches menées en lisant l’article de G. Memain (page 5).

Au total, une soirée très riche sur un thème porteur et en expansion. Le sport pour handicapé est une perspective alléchante pour de nombreuses recherches dans notre profession et dans la perspective du rendez-vous olympique parisien de 2024.

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