Quand le corps vacille : faire avec la maladie chronique et réinventer la qualité de vie - Une approche sociologique et réflexive appliquée à la kinésithérapie

Résumé

La maladie chronique transforme profondément le rapport au corps, au temps, à l’autonomie et aux interactions sociales. À partir d’une posture réflexive de patiente-chercheure vivant avec une sclérose en plaques, cet article propose une analyse sociologique du « corps vacillant » et interroge les implications de cette expérience pour les pratiques de kinésithérapie et de rééducation. En mobilisant les travaux de Michael Bury, Georges Canguilhem, Norbert Elias, Erving Goffman, Anselm Strauss, ou encore Pascale Molinier, l’article montre que la qualité de vie ne peut être réduite à des indicateurs fonctionnels. La chronicité implique un travail permanent d’ajustement corporel, psychique et social. Dans cette perspective, la kinésithérapie apparaît comme un espace à la fois technique, relationnel et existentiel, où se jouent la reconnaissance du corps vécu, le maintien du pouvoir d’agir et la reconstruction identitaire. L’article défend une approche globale de la rééducation, attentive aux savoirs expérientiels des patients et aux dimensions psychosociales des parcours de soin.